De Nouakchott à Johannesburg : Un journaliste photographe mauritanien raconte comment il a décroché son billet pour le CHAN

CH. Sokhonokho (photo: Sneiba)
CH. Sokhonokho (photo: Sneiba)

Cette histoire là je ne pouvais ne pas la raconter. Saisissante. A tous points de vue. Parce qu’elle montre à quel point la passion (ici celle du sport) peut mener. De Nouakchott à Johannesburg. En passant par Tunis et Abidjan. Un trajet des plus « tortueux » mais qui, vous le verrez dans le récit, de Cheikhna Sakhonokho, journaliste-reporter à l’AMI, s’explique par les conditions extravagantes de ce voyage de Nouakchott à Johannesburg où les Mourabitounes sont engagés, pour la première fois, dans leur histoire, dans une phase finale du CHAN.

Cette histoire montre surtout qu’en Mauritanie, il y a des femmes et des hommes de bonne volonté. A l’image du directeur général de l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC) et de la maire de Tevragh-Zeina qui ont « sauvé » le CHAN de ce journaliste accrédité par la CAF et par la FFRIM, quand cette dernière et le ministère de la Culture, de la jeunesse et des sports se sont dérobés à la dernière minute ! Sous prétexte que l’argent manque, alors que le gouvernement mauritanien venait de procéder à une levée de fonds qui a permis de récolter plus de 500 millions d’ouguiyas destinés à financer la participation des Mourabitounes au CHAN et aux éliminatoires de la prochaine CAN.

Le geste du directeur général de l’ANAC, Aboubekrine Seddigh Ould Mohamed El Hacen, et de la maire de Tevragh-Zeina, Fatimetou Mint Abdel Malek, envers ce reporter sportif d’un milieu social différent, montre que la cohabitation est bien possible. Il faut seulement arriver à un degré de conscience qui permet de dépasser cette vision des choses en « noir et blanc » et parvenir à nous dire que le jour où il n’y aura plus qu’UN mauritanien, comme j’aime à le répéter souvent, nos problèmes de cohabitation seront réglés. Mais trêve de discours ! Donnons la parole à Cheikhna Sakhonokho, rencontré par hasard à l’aéroport de Tunis-Carthage, pour qu’il livre lui-même le récit de son Odyssée.

« Tu sais Sneiba, je dois d’être là, en route pour l’Afrique du sud, à trois personnes : Abdoulaye Diagnana, patron de la radio privé Kass Ataya émettant depuis Paris, le directeur général de l’Agence nationale de l’aviation civile (Anac), Aboubecrine Seddigh Ould Mohamed El Hacen, et la maire de Tevragh-Zeina, Fatimetou Mint Abdel Malek. La FFRIM et le ministère de la culture, de la jeunesse et des sports, m’ont fermé toutes les portes après avoir choisi les journalistes qui devaient accompagner les Mourabitounes en Afrique du sud. Mon accréditation par la CAF et mes états de services, dont cinq participations à la CAN, n’ont pas plaidé en faveur de ma cause.

C’est par un heureux concours de circonstances que j’ai rencontré le directeur général de Kassataya au forum de la diaspora tenu au palais des congrès de Nouakchott. Je ne sais qu’est ce qui m’a poussé à lui parler de mon voyage raté en Afrique du sud mais il m’a  fait entrevoir aussitôt une lueur d’espoir en me disant, après avoir longuement écouté mes plaintes et complaintes : « je vais voir ce qui peut être fait ». Et puis, voyant le directeur général de l’Anac devisant avec des invités à quelques pas de là, il se dirigea vers lui, l’attira à l’écart et l’entretient de mon cas. L’objectif, à ce stade, était de me procurer un billet aller-retour Nouakchott-Johannesburg coûtant plus de 700.000 UM (environ 2000 euros. Le patron de l’Anac me demanda une lettre de requête émanant d’une institution officielle. Tout de suite, j’ai pensé à la maire de Tevragh-Zeina, présidente d’honneur d’un club de football de la capitale pour lequel j’avais souvent réalisé des reportages-photos. C’est elle-même qui rédigea la demande adressée à l’Anac et me remit 100.000 UM, pour mes frais de route.

C’est le directeur général de l’Anac qui fit le reste. Le représentant local de Tunisair accepta de me délivrer un billet Nouakchott-Tunis-Abidjan et Abidjan-Tunis-Nouakchott, s’excusant pour le reste du trajet, leur compagnie n’ayant pas de desserte vers l’Afrique du sud. C’est donc l’Anac qui paya le reste, entre Abdjan et Johannesburg. »

L’important dans cette histoire n’est pas que Cheikhana Sakhonokho fasse partie de l’aventure sud-africaine des Mourabitounes. Il y a trois millions de mauritaniens qui n’ont pas eu cette chance. Mais j’ai voulu souligner ici un fait pas fréquent dans une Mauritanie où les tensions sociales se déclinent en noir et blanc : Un journaliste écarté du voyage, probablement parce qu’il est noir, se fait aider par des compatriotes blancs ! Une sorte de « réparation » qu’on aimerait voir se multiplier, dans les deux sens, et servir de socle à une Mauritanie UNE et Indivisible.

3 thoughts on “De Nouakchott à Johannesburg : Un journaliste photographe mauritanien raconte comment il a décroché son billet pour le CHAN

  1. Merci MOHAMED d’avoir rapporté ces faits. Par l’importance de leur symbolique, certains événements très ordinaires, prennent un sens et une signification exceptionnels. Dans notre environnement, l’échelle des valeurs me parait renversée. Ce qui devait être la règle générale, est devenu exception à celle-ci. J’espère qu’il pourra continuer à la confirmer. Il n y a pas d’autres choix que de nous « résigner » à cohabiter dans UNE Mauritanie, où chacUN (E) se reconnait et s’épanouit.

  2. Je connais bien Sonogho qui travaille avec moi dans la même boîte. Je le trouve très sympa et digne d’être aidé. Mais je ne pense pas, comme vous le dites, Sneiba, qu’il a été écarté du voyage « probablement parce qu’il est noir ». Ici, l’exclusion n’est pas l’apanage des seuls noirs, comme tu es censé le savoir Sneiba. Dans ce pays, comme j’ai souvent eu à le dire, nulle ethnie n’a le monopole de quoi que ce soit. Il y a des privilégiés parmi les noirs et il y a bel et bien des « damnés » parmi les moins noirs, les blancs n’étant pas légion ici. Salut, Sneiba.

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