Autour d’un thé : « La Chronique de mon frère » évoque cette semaine les journées mondiales et…nationales !

Photo : Google
Photo : Google

Journée mondiale de lutte contre le tabac. Le tabac fait un tabac. 600 000 victimes, chaque année, à cause des Marlboro, Congress, Gitanes et autres Camélia, Dunhil et Moneyja[1].

Des centaines de milliers de morts dont 6 000 (1% du tout) de victimes gratuites qui n’ont, dans cette affaire, « ni chamelle ni chameau »[2]. Et dont la seule grave faute est d’être ami, compagne, concubin ou concubine, voisin, collègue ou enfant d’un fumeur ou d’une fumeuse à tout va.

Journée mondiale de lutte contre l’hépatite. Yallah El Avia[3]. Il paraît qu’elle fait des ravages. Discrètement. Silence. Ils se meurent. Doucement.

Ils pouvaient, pourtant, bien attendre le déclenchement des opérations du recensement à vocation électorale, prévu ce 25 juillet. Comme ça, on aura un paquet de défunts potentiels qui pourraient voter, au cas où ils arriveraient à mourir avant les élections à venir.

Journée internationale de lutte contre le paludisme, la rougeole, la corruption, le Sida, la torture, l’injustice… Journées internationales des droits de l’Homme, de la femme, des enfants, des oiseaux, des arbres, des divorcés, des homosexuels, des dunes de sable, des phoques, du requin blanc…

Nous, on a besoin de journées nationales. Journée nationale de lutte contre le gaspillage. Un f’tour[4] dont les dattes viennent de Malaisie. Simplement pour le goût, mesdames, messieurs. Qui veut déguster bien ne doit pas ménager ses ouguiyas. Pour déguster bien, il faut aller loin. Le thé vert vient directement de Beijing. Le riz du dîner, de la Thaïlande.

Le vin – astaghfiroullah[5], que dis-je, c’est le Ramadan – le « zrig spécial » vient quelque part du sud de la France ou de l’Espagne. Gaspillage, gabegie. Quelle différence. C’est la même racine ga du latin « gatos » qui signifie voler. Schtari ga3[6] ? Une journée nationale contre l’applaudissement (ettesfagh).

Là, c’est simple : tout ressortissant de N’Beiket Lahwach[7] qui va accueillir le Président à Chami[8] sera flagellé cent fois. Et tout habitant de Bouli, au Guidimakha, qui viendra montrer sa tête à R’Kiz ou Mederdra, sera poursuivi pour double nationalité et gêne des autochtones.

Tout imam ou éminent érudit qui bravera le soleil, le vent ou toute autre intempérie pour venir saluer le Président, même dans sa moughataa[9], en se bousculant avec les citoyens ordinaires, sera, tout simplement, démis de son statut de Cheikh. Tout Président de parti politique de l’opposition, responsable ou pas responsable, qui, sous prétexte d’hospitalité, se résout à accueillir le Président, sera, systématiquement, viré à la majorité.

Tout ministre qui ira raconter des histoires, à Néma ou dans toute autre localité, ou des choses que le Président n’a pas encore faites, est passible de limogeage intempestif. « Ettesfagh » aveugle les dirigeants. C’est un véritable rideau, très opaque, qui cache les réalités et ne laisse rien transparaître.

Jusqu’au moment, fatidique, où tout devient noir, autour du chef, et qu’une corde est lancée à son cou : là, les applaudisseurs se dispersent d’autour de lui, pour aller embrasser la joue de son tombeur. Une journée nationale de lutte contre les coups d’Etat. Pas de retour en arrière. Comme si l’on pouvait retourner en avant.

Un ami, qui n’a pas fait long feu à l’école ou, si vous voulez, n’a pas entendu la balle à l’école – c’est tout comme ; mais il n’est pas Président ; heureusement d’ailleurs – bref, mon ami, disais-je, grand fumeur devant l’Eternel – oui, oui, encore le tabac – voulait, à travers un communiqué, interdire sa tabatière à tout usager indélicat.

Pour cela, il sort ses anciennes leçons de grammaire, d’orthographe, d’exercices structuraux, de syntaxe, de morphologie et autres et il écrit, avec un charbon, sur le mur : « Interdi à tout ce que ce que sont des tabatières de fumé dan ma tabatière ».

En paraphrasant notre Senghor national, on traduira : « Interdit à tout ce que ce que sont des militaires à faire, à partir de désormais, des coups d’Etat en République Islamique de Mauritanie ». Il n’y a pas de meilleure pédagogie que celle qui permet de faire passer un message. Tout le reste n’est que cogitation inutile.

Sneiba El Kory (Le Calame)


[1] Nom local du tabac à priser.

[2] Traduction d’une expression arabe qui veut dire : n’être concerné ni de près ni de loin »

[3] Que Dieu nous en préserve !

[4] Rupture du jeûne

[5] Expression du répentir.

[6] Quoi de neuf ? Expression qui vint tout de suite après les salamalecs d’usage. C’est devenu le nom d’un journal satirique mauritanien qui fait les meilleures ventes de la presse privées.

[7] Nouveau département, à l’extrême est du pays.

[8] Nouveau département, à l’extrême nord du pays.

[9] Département